Affichage des articles dont le libellé est Amérique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Amérique. Afficher tous les articles

mardi 12 mars 2019

John Irving : JE TE RETROUVERAI, Seuil, 2006


Oh, oui ! Il faut bien quelques 850 pages à John Irving pour raconter l'histoire de Jack Burns en respectant la règle de la stricte chronologie qu'impose la psychiatre de son personnage. 

Né de la rencontre fortuite d'une tatoueuse et d'un organiste, le petit Jack est trimbalé par sa mère au travers de toute l'Europe du Nord. Elle recherche le père de Jack en suivant un chemin de piste jalonné d'églises aux orgues les plus célèbres en passant par les boutiques de tatouages non moins reconnues. Après plusieurs années d'errance infructueuse, il est temps de mettre l'enfant à l'école et le choix se porte sur une école  de Toronto, réservée jusque là aux seules filles. 

Ces deux premières parties du livres sont écrites avec entrain, brio et se prêtent à une lecture jouissive. On y retrouve les constantes de Irving : l'absence du père, le sport de lutte, l'éveil sexuel. C'est ainsi que le petit passe de "Pas devant Jack" de sa mère, à "Tu vas pas tarder à le savoir" de son amie Emma pour finir par "être trop grand" pour rejoindre le lit de sa mère suite à un cauchemar. 

La suite du roman, avec les difficultés de maintenir une relation harmonieuse et un tant soit peu sur la durée, le succès à Hollywood jusqu'à la perte des deux personnes qui ont le plus compté pour lui, sont moins enlevées et j'y ai ressenti quelques longueurs. Le rythme reprend cependant à partir du moment où Jack découvre la vraie nature de sa mère.

"- Je veux aller chez moi, chuchota Alice. Si tu tiens à chuchoter, je vais le faire aussi, dit-elle en grimpant dans le lit d'Emma.

Curieusement, c'était son sein gauche, du côté u coeur, qui paraissait ravagé -non pas le sin qui avait subi l'ablation de sa tumeur.Son tatouage coeur brisé avait la couleur bleu sombre d'une contusion, le "te" écrit en cursive n'avait désormais pas plus de sens que l'inscription, à la morgue, sur l'orteil d'un parfait inconnu.(...)

-Où, M'man ? (Jack savait ce qu'elle voulait dire; simplement il voulait savoir si elle était capable de le dire.)

- Je veux dire : au milieu des aiguilles, chéri, dit sa mère. Il est temps de m'emmener dans mes aiguilles.

Comme on pouvait s'y attendre, voilà ce que signifiait "aller chez elle" pour Alice."

Mais John Irving retombe sur ses pattes et la dernière partie nous réserve encore de belles surprises et encore plus d'émotions.

jeudi 13 septembre 2018

Richard Ford : ENTRE EUX, Ed. Olivier, 2017


Suite à la mort de sa mère, Richard Ford avait fait paraître en 2003 un petit récit biographique sur cette dernière. En 2017, il décide de compléter ce récit par celui de son père, qu'il a relativement peu connu, puisqu'il est mort alors qu'il avait une quinzaine d'années.

C'est la réunion de ces deux textes qui fait l'objet de ce volume. Ce qui en fait l'intérêt, c'est qu'il ne s'agit pas vraiment d'une biographie au sens propre du terme, mais plutôt la perception que l'auteur a de ses parents, par ce qu'ils lui ont raconté, par ce qu'ils lui ont caché, et surtout par le lien de confiance et d'amour qui l'a lié à ces deux êtres.

Il porte un regard sans pathos et avec la distance certainement due au temps qui passe,  comment, il a su s'insérer entre ces parents qui formaient avant tout un couple. 

"Ils ont dû commencer à se dire qu'ils n'auraient pas d'enfants, puisque, en effet, il ne leur en venait pas. Je ne sais pas jusqu'à quel point ils en étaient affectés, ni si ma mère a fait des fausses couches, ou même s'ils "essayaient". Ce n'étaient pas des gens qui se battaient contre leur destin, ils avaient plutôt tendance à prendre la vie du bon côté, dans la mesure du possible."

"Et puis, il y avait moi. Peut-être que je serais pas enfant unique. Y pensaient-ils ? Se demandait-il, se demandaient-ils tous les deux si ne pas voir mon père tous les jours aurait une incidence sur ma manière de grandir ? Et si oui, laquelle ? Est-ce que ça poserait problème que "le père" ne soit pas là tout le temps ? Comment allait-il se charger de mon apprentissage ? Une forme de présence était-elle possible malgré tout ? Il n'avait pas eu de père, lui-même, il avait grandi sans qu'on lui ait appris grand-chose. Des gamins qui grandissaient avec un père absent, il devait y en avoir d'autres, non ? Et elle, pourrait-elle compenser son absence ? Il est clair qu'en attendant ma naissance, ils avaient pris les choses comme elles venaient. Il s'aimaient, ils m'aimeraient. La présence de l'amour suffirait. Nous allions être heureux. C'est de cette manière, une manière que j'estime excellente à l'heure même où j'écris, que ma vie a commencé, ses grandes lignes définies pour longtemps."

Comme on le voit on est loin des récits psychologisant et cela fait du bien !!!

A noter, que cette édition présente une série de photos qui nous rendent cet homme et cette femme encore plus présents.

dimanche 19 février 2017

John Irving : A MOI SEUL BIEN DES PERSONNAGES, Seuil, 2013


Je retrouve dans ce magnifique roman le John Irving de "L'oeuvre de dieu, la part du diable". Tous les ingrédients y sont présents : l'absence du père, la Nouvelle Angleterre, la lutte - comme sport bien sûr - la ville de Vienne et cette fois-ci les ours se cachent dans un bar pour homosexuels (je devrais dire LGBTQ après la lecture de ce livre). 

Aux dires d'Irving lui-même, c'est un roman sur "la difficulté d'être tolérant, réellement tolérant, à l'égard de toutes les identités sexuelles". (vidéo). Ce roman nous prouve que l'auteur y réussit et amène son lecteur à le devenir.

Mais ce n'est pas un manifeste ni une liste de revendications. Non, c'est un vrai roman, un de ceux qu'on ne lâche pas. Irving nous raconte, à la première personne, l'histoire du jeune Bill qui souffre d'"erreurs d'aiguillages amoureux".

"- Parlons franchement qu'est-ce qui t'intéresse vraiment chez toi, Bill ? me demanda Richard.
- Je ne sais pas pourquoi j'ai des... béguins soudains, inexplicables, lui répondis-je.
-Oh, des béguins... ça ne fait que commencer, dit-il pour m'encourager. Les béguins, c'est très courant, il ne faut pas que ça t'étonne d'en avoir - il faut même en profiter ! ajouta-t-il.
- Parfois, on se trompe de personne, hasardai-je
- Mais il n'y a pas de bon ou de mauvais béguin, Bill, m'assura-t-il. Un béguin, ça ne se contrôle pas, ça vous tombe dessus, voilà tout.
Avec mes treize ans, j'en conclus sans doute qu'un béguin était encore plus désastreux que je ne l'avais imaginé".

Attiré autant par les femmes d'âge mûr que par ses camarades masculins, il se réfugie dans la lecture des romans soigneusement choisis par la bibliothécaire de la ville. C'est grâce à ces romans que Bill découvre qu'il n'est pas le seul à tendre vers l'homosexualité. (Irving fait d'ailleurs une étude et une critique remarquables de "La chambre de Giovanni" de Baldwin). Mais il va lui falloir bien d'autres rencontres pour comprendre et accepter sa bisexualité. 

Et comme à son habitude, l'auteur nous offre des personnages forts : la bibliothécaire qui lui demande : "Mon jeune ami, je vous prierai de ne pas me coller d'étiquette. Ne me fourrez pas dans une catégorie avant même de me connaître", le grand-père qui assume chaque année un rôle féminin dans la pièce de théâtre de l'école, le camarade aimé et haï tout à la fois, la grande amie de coeur dont il ne se séparera jamais, la mère aimante mais qui cachera toute sa vie un secret, le beau-père si compréhensif et séduisant, le père biologique qu'il ne rencontre qu'une fois, sans compter les nombreuses liaisons avec des transgenres, des travestis, des hommes ou des femmes homos ou bi comme lui. 

"Et quand j'arrivai à Vienne je menais depuis deux ans la vie d'un jeune gay new-yorkais.
Cela ne voulait pas dire que je n'étais pas attiré par les femmes, elles me plaisaient toujours. Mais céder à cette attirance m'aurait semblé régresser au stade où je refoulais mon homosexualité. En outre, à l'époque,mais amis et amants gays pensaient tous que celui qui se proclame bi n'est en réalité qu'un gay qui garde un pied dans le placard".

Après une vie d'écrivain célèbre, après avoir subi la perte de nombreux amis à cause du SIDA, Bill revient dans sa ville, renoue avec la tradition familiale liée au théâtre de l'école où il enseigne désormais. Il ne se contente plus d'écrire, il s'engage dans la lutte pour la reconnaissance des droits des LGBTQ. 

"Larry aurait bien ri de me voir soutenir le mariage gay, sachant ce que je pensais du mariage en général. "Mon grand champion de la monogamie", aurait-il dit pour me taquiner. Mais puisque ces jeunes gays et bi veulent se marier, je les soutiens."

Le thème est sérieux mais c'est avec bonne humeur que le sujet est traité. Un tout grand Irving à mettre dans toutes les mains et en urgence !



mercredi 28 septembre 2016

Henry Miller : LE SOURIRE AU PIED DE L'ECHELLE, Ed. Petite Ourse, 1962


Un petit mot d'abord sur l'édition. C'est dans la bibliothèque de ma mère que j'ai trouvé cet ouvrage publié par un éditeur de Lausanne, qui, dans les années 50-60, semble avoir sélectionné des ouvrages assez confidentiels même si émanant d'auteurs connus.

C'est ainsi que je suis tombée sur ce petit roman d'un Henri Miller, bien différent de celui que j'avais découvert autour de mes 16 ans, et que j'ai eu bien de la peine à relire plus tard, le trouvant particulièrement nombriliste. 

Ici, on a presque affaire à un récit philosophique non dénué par ailleurs de poésie. En guise d'épilogue, Henri Miller, explique : "De toutes les histoires que j'ai écrites, peut-être celle-ci est-elle la plus singulière. Je l'ai écrite tout exprès pour Fernand Léger, pour accompagner une série d'illustrations sur le thème des clowns et du cirque."

Peut-être que la reproduction ci-après faisait partie de ces illustrations :

Fernand Léger, 1950

Alors qu'Auguste lassé du succès obtenu avec sa "simulation de l'extase" au pied d'une échelle décide d'abandonner le métier de clown, il est amené à remplacer au pied levé un de ses confrères, bien moins apprécié du public et certainement bien moins talentueux. Il décide de lui d'offrir cette représentation dans dévoiler son identité et de lui permettre ainsi de devenir à son tour célèbre. Mais la vie en décide autrement...

Ce récit pose la question de l'identité, du succès, du bonheur même, sur un ton de modestie que je ne connaissais pas à Henri Miller.

"Bon, il y a une chose que je comprends, à présent... mon bonheur était réel, mais sans fondement. Il me faut le rattraper au collet, mais cette fois honnêtement. Et m'y cramponner des deux mains, comme à un bijou inestimable. Apprendre le bonheur en tant qu'Auguste, comme le clown que je suis".

Etonnant ! Je suis presque réconciliée avec Miller...

mercredi 2 septembre 2015

Douglas Kennedy : CINQ JOURS, Belfond, 2013


Arrivée à 42 ans, Laura Warren se sent de plus en plus mal dans sa vie tant professionnelle que personnelle. A la faveur d'un congrès de radiologie, sa vie semble pouvoir prendre un tournant, mais....

Beaucoup de déception à la lecture de ce roman qui semble vite pensé, vite conçu, vite écrit. Est-ce la rançon du succès, est-ce que la pression des éditeurs est trop forte, Douglas Kennedy  "pisse de la copie" et fournit le service minimum requis se conformant à un style de roman à l'intrigue sans surprise et au format convenu.

Dommage, car le début semblait prometteur : considérée comme une excellente  technicienne en radiologie, Laura supporte de moins en moins le stress de la découverte des cancers et autres tumeurs mettant en danger les patients auxquels elle fait passer des scanners. 

"J'ai poussé un soupir de soulagement en plaquant une main sur ma bouche, et c'est alors que j'ai pris conscience des battements précipités de mon coeur. A la joie de savoir que le cerveau de Jessica ne présentait aucun signe de mauvais augure s'ajoutait le désarroi profond à l'idée que je m'étais mise dans cet état de stress. Cette réaction soulevait une question troublante : est-ce ce qui vous arrive quand vous vous imposez pendant des années un rôle qui va intrinsèquement à l'encontre de votre véritable nature, quand les attaches du masque se relâchent et que celui-ci commence à révéler aux autres une partie de vous-même que vous avez voulu cacher à toute force tout ce temps, des cicatrices plus ou moins anciennes?"

Alors pourquoi la rencontre fortuite d'un homme banal qui se révèle être un compagnon intéressant et agréable tourne-t-elle au roman de gare ? Pourquoi la fin semble baclée, échappant de justesse à un happy end romantique pour tomber dans une banalité impardonnable ? 

On est très loin de "Cul de sac" très très loin !

dimanche 29 décembre 2013

Stephen King : SALEM, Ed. Williams, 1977



Une bourgade  perdue dans le Maine du nom de Jerusalem's Lot , un écrivain qui y revient après des années, des disparitions étranges, une communauté qui se liquéfie (c'est le cas de le dire), voilà le cadre du deuxième roman publié de Stephen King.


Même si j'ai été déçue de constater, au fur et à mesure de ma lecture, qu'il s'agissait bien d'une histoire de vampires et non pas d'un roman sur la dégradation d'une petite ville dont les habitants se mettent à douter et perdent leur assurance, je dois reconnaître que j'ai été prise par le récit, les personnages et la capacité de l'auteur de nous tenir en haleine. 

"La porte se ferma doucement et Mark entendit le bruit sourd des pantoufles de son père sur les marches de l'escalier. Il pouvait enfin se détendre complètement. (...) Il s'assoupit en douceur, mais, avant de sombrer complètement, il se surprit à réfléchir, comme il le faisait souvent d'ailleurs, à l'étrangeté des adultes. Il faillait qu'ils prennent des laxatifs, de l'alcool, des somnifères, pour échapper à leurs angoisses et trouver le sommeil; et pourtant, comme leurs craintes étaient ordinaires et faciles à maîtriser ! travail, argent; qu'est-ce que la maîtresse va penser si je ne peux pas acheter des vêtements neufs à Jennie ? est-ce que ma femme m'aime encore ? où sont mes vrais amis ? Comme elles paraissaient ternes à côté des terreurs que chaque enfant retrouve le soir, dans l'obscurité de sa chambre, sans espoir d'être compris de personne excepté d'un autre enfant ! Il n'y a pas de thérapie de groupe, pas de cure psychanalytique, pas d'assistance sociale prévues pour le gosse qui doit, nuit après nuit, affronter seul la menace obscure de toutes ces choses qu'on ne voit pas mais qui sont là, prêtes à bondir, sous le lit, dans la cave, partout où l'oeil ne peut percer le noir. L'unique voie de salut, c'est la sclérose de l'imagination, autrement dit le passage à l'état adulte."

Je crois l'avoir déjà dit dans ce blog, je ne suis pas une fanatique des histoires d'horreurs, mais Stephen King sait manier le suspens, sans oublier d'enrichir l'intrigue par des portraits, des réflexions et une compréhension des phénomènes de société qui font que ses romans dépassent largement le genre.

jeudi 19 décembre 2013

Maya Angelou : JE SAIS POURQUOI CHANTE L'OISEAU EN CAGE, Les Allusifs, 2008


Entre la petite fille de 3 ans voyageant en direction de l'Arkansas, accompagnée uniquement de son frère à peine plus âgé d'une année et la jeune fille de 17 ans qui accouche à San Francisco, il y a la ségrégation raciale, un hommage à trois femmes, un amitié sans faille pour son frère et la découverte et la prise de conscience de soi.

Malmenée par la vie, Maya réussit tout de même à se construire grâce d'abord à sa grand mère, personnage impressionnant que cette épicière Noire tenant le haut du pavé dans la petite ville de Stamps. 

"Dans l'autobus, elle pris un siège à l'arrière et je m'assis à côté d'elle. J'étais très fière d'être sa petite fille et certaine qu'un peu de son pouvoir magique avait déteint sur moi Elle me demanda si j'avais peur. Je me contentai de secouer la tête et m'appuyai sur son bras brun et frais. Aucun danger qu'un dentiste, surtout un dentiste noir, osât me faire mal, désormais. Pas avec Momma présente. Le voyage se déroula sans incident sauf que Momma passa son bras autour de moi, ce qui était de sa part un geste tout à fait inhabituel".

Une certaine Mme Flowers l'encourage à lire le plus qu'elle peut, mais aussi à ne pas avoir peur de s'exprimer car "les mots signifient plus que ce qui est écrit. Il leur faut la voix humaine pour leur infuser des nuances profondes".

Et puis il y a sa mère, si belle, si sûre d'elle, si indépendante, qui, si elle n'a pu empêcher le viol de sa fille à l'âge de 8 ans, n'hésitera pas, des années plus tard, à l'encourager à devenir la première Noire, receveuse dans le tramway de San Francisco. "La vie te donnera exactement ce que tu y apporteras. Mets tout ton coeur dans tout ce que tu fais, prie et puis attends".


Maya Angelou fait oeuvre d'autobiographie dans ce livre, qu'elle ne s'est décidée à écrire qu'à la quarantaine, après avoir milité tant par ses écrits, ses films et que dans ses reportages contre la ségrégation, mais aussi pour la liberté de chaque être humain.

Si le fonds ne pouvait que m'intéresser, je dois avouer que la forme m'a un peu lassée et que je ne l'ai lu que par petits bouts. Je ne me suis jamais sentie entraînée à passer à la page suivante, à la suite de l'histoire.  Je dirais que le propos a pris tout son sens et toute sa dimension qu'une fois arrivée à la fin du livre. Je ne sais si je lirai la suite "Tant que je serai Noire" ou si, je ne chercherai pas à mieux connaître cet auteur par ses autres oeuvres, notamment poétiques.

mardi 20 août 2013

Toni Morrison : UN DON, Christian Bourgeois, 2009


Premier livre que je lis de cette auteure qui, bien qu'ayant reçu le prix Nobel, m'était restée inconnue.

Je dois avouer que j'ai dû m'y reprendre à deux fois, et m'y accrocher, non pas en raison du thème, mais de l'écriture elle-même. Je ne dois pas être la seule à m'être perdue entre les personnages et les passages écrits à la première personne et ceux plus narratifs. 

Et pourtant, j'aime les livres non linéaires. Peut-être aurait-il fallu que je révise mon histoire de la colonisation de l'Amérique du Nord, des débuts de la traite des Noirs et du XVIIe siècle en général, pour arriver à apprécier à sa juste valeur cet ouvrage pétri de symboles.

Ce n'est qu'à la toute fin du roman, que j'ai pu en avoir une vue d'ensemble et rétablir le déroulement des événements. Avec une furieuse envie de le relire, car malgré tout ce que je viens de dire, l'histoire de ces esclaves, quelle que soit la couleur de leur peau, quel que soit leur sexe, soumis aux règles encore non figées d'une société en devenir, dresse un portrait effrayant de l'Amérique naissante.

Les femmes surtout subissent la cruauté de cette époque, et même l'épouse du propriétaire terrien, n'est de fait qu'une "femme robuste, christianisée et apte dans tous les domaines domestiques, disponible en échange de bien ou d'argent". Alors que dire, de Lina, seule rescapée de sa tribu décimée par la maladie, de Sorrow, gamine trouvée après un naufrage, sans parler de Florens, esclave, fille d'esclave, cédée par son maître en guise d'acompte sur une facture qu'il ne peut honorer.

"Juste à ce moment-là, la petite fille sortit des jupes de sa mère. Elle avait aux pieds une paire de chaussures de femme bien trop grandes pour elle. Ce fut peut-être cette impression de licence, une insouciance nouvellement retrouvée accompagnant la vue de ces deux petites jambes surgissant comme deux ronces des souliers abîmés et brisés , qui le fit rire. Un rire sonore qui lui souleva la poitrine devant la comédie, devant l'irritation irrépressible, de cette visite. Son rire ne s'était pas encore apaisé lorsque la femme qui tenait le petit garçon blotti contre sa hanche s'avança. Sa voix était à peine plus qu'un murmure, mais il était impossible de se tromper sur son caractère pressant.
"Je vous en prie, Senhor. Pas moi. Prenez-la. Prenez ma fille".

Pas de doute, je vais le relire !

lundi 10 juin 2013

Marlena de Blasi : MILLE JOURS A VENISE, Mercure de France, 2009


Encore un livre prêté, dont je ne connaissais pas l'auteure. Du fait que le roman est quasi biographique, voilà qui est réparé !

Marlena de Blasi est cheffe (en cuisine) et critique gastronomique en Amérique, mais lors d'un voyage à Venise, elle rencontre un homme du cru qui va devenir son "bel étranger".  Elle liquide tout ce qu'elle a Saint Louis et part s'installer dans la "Vieille princesse" en vue de se marier. 

C'est l'apprentissage d'une autre culture, d'un autre mode de vie, d'une autre mentalité qui fait l'objet de ce roman qui démarre très feuilleton pour midinette matiné de magazine de décoration, mais qui, au fil des pages, prend un tout petit peu de consistance. Je retiendrai cette description du marché :

"Au bout de quelques équipées matinales de la sorte, des sourires commencent à s'échanger. Je peux maintenant demander à tel ou tel marchand - ou marchande - de me mettre de côté pour le lendemain de la menthe ou du romarin, peut-être un petit panier de mûres. Il y a Michele, au visage rougeaud, ce qui met bien en valeur le chaînes dorées qu'il porte au coz, et à l'épaisse chevelure blonde. Luciano, qui a disposé une table dine du Caravage. La dame aux épices, aux ongles très longs et très ébréchés, que je verrai, hiver comme été, coiffée d'un immuable bonnet vert en laine. Ils appartiennent à la même troupe chargée de me séduire, ils sont tous doués pour le théâtre. l'un d'eux me tend un unique petit pois qui fond dans la bouche ou une grosse figue violette d'où coule un jus au goût de miel."


Mais vous pouvez le constater, rien d'extraordinaire, ni dans le style, ni dans le propos. 

Quant aux amoureux de Venise, ils seront déçus, car elle se résume à une succession de noms de lieux, d'églises, de restaurants, et les Vénitiens eux-mêmes semblent servir de toile de fonds à son aventure amoureuse et de distraction dans ses moments de doute.

Je ne lirai pas la suite de son histoire "Mille jours en Toscane".

lundi 30 juillet 2012

John Irving : DERNIERE NUIT A TWISTED RIVER, Seuil, 2011


Avec ce douzième roman, John Irving signe une réflexion sur la paternité, par rapport à son enfant ou à celui des autres bien sûr,  mais aussi celle de l'écrivain par rapport à ses romans.

Il nous raconte - et comme c'est bien raconté ! - l'histoire de Daniel Baciagalupo et de son père, contraints de fuir toute leur vie,  le monde des bucherons du New Hampshire, suite à un accident fatal. 

Mais il nous raconte 50 ans d'Amérique, de la guerre du Vietnam à celle d'Irak, 50 ans de formation d'un écrivain et de sa relation à la réalité, 50 ans d'amitié entre le père du protagoniste et l'amant de sa mère, sorte de deuxième père. Il nous raconte le besoin du père de protéger son enfant et l'abîme dans lequel Daniel plonge à la mort de son propre fils.

Dans ce monde d'hommes, les femmes sont loin d'être absentes et si l'une d'elle est confondue par le petit Daniel avec un ours, c'est une sorte d'homage de la part de John Irving, quand sont sait la place que cet animal tient dans son oeuvre. 

Je ne vous dévoile pas l'intrigue, car il y a du thriller dans ce livre, mais je vous livre cette réflexion sur le rapport entre autobiographie et roman.

"On avait décortiqué chaque ligne de ses romans pour y débusquer le détail autobiographique, on les avait disséqués, radiographiés, pur y lire des mémoires clandestins. Fallait-il s'en étonner, pourtant ?
Pour les médias, la vie compte plus que la fiction, de sorte que les éléments basés sur l'expérience personnelle de l'auteur intéressent davantage le grand public que les rouages romanesques de "pure" invention. Ce qui relevait de son expérience personnelle ou de celle d'un de ses proches était crédité d'une "vérité" plus tangible que tout ce qu'il pouvait inventer. (C'était une conviction communément répandue, m'eme si le travail de l'écrivain, comme Danny le déclarait de façon subversive chaque fois qu'il était amené à défendre la fiction dans le roman, consiste à imaginer une histoire intégrale, contrairement à celles de la vraie vie, fragmentaires et inabouties)."

J'ai retrouvé toute la verve de John Irving, toute l'imagination, tout l'humour dont il a semé son oeuvre. Un auteur qui ne m'a jamais déçue, contrairement à ma chronique qui ne me semble pas refléter le plaisir que j'ai eu à la lecture de ce roman. 

mercredi 27 juin 2012

Mary Ann Shaffer & Annie Barrows : LE CERCLE LITTERAIRE DES AMATEURS D'EPLUCHURES DE PATATES, Ed. Nil, 2009


Un livre déjà amplement commenté sur la blogosphère et qui a donc retenu mon attention, lorsque je l'ai rencontré dans la pile de livres d'une amie, qui a bien voulu me le prêter.

Si au début, je me suis laissée prendre à la correspondance de cette jeune auteure à la recherche du sujet de son prochain livre, je dois dire que sur la fin, je me suis un peu lassée, même si je reconnais une grande capacité de construction dramatique aux deux auteures. C'est en effet au travers des divers lettres échangées avec ses correspondants que l'on découvre une petite communauté de gens ordinaires de l'île de Guernesey pendant et après l'occupation allemande. 

Mais le côté du "tout le monde il est gentil", malgré les horreurs de la guerre et de la déportation, donne un aspect finalement un peu mièvre à l'ensemble. 

"Je ne doute pas que vous adorerez ces lettres, vous aussi; je me demande juste si elle vous donneront envie d'en lire davantage. Quant à moi, je trouve ces personnes et leur expérience de l'Occupation fascinantes et émouvantes. Partagez-vous mon avis ? Pensez-vous que cela pourrait faire un livre ? Ne me ménagez pas, je veux votre opinion claire et franche."

C'est un livre agréable, à lire sur la plage.... Sans plus.

mardi 5 juin 2012

Douglas Kennedy : AU-DELA DES PYRAMIDES, Belfond, 2010


On pourrait presque être content que durant l'hiver 1986, Douglas Kennedy ait connu un échec en tant que dramaturge et une rupture de contrat en tant que chroniqueur à l'Irish Times. C'est ce qui lui a permis de prendre le temps de compulser ses carnets de notes prises lors d'un périple en Egypte effectué en septembre l'année précédente.

On connaît Douglas Kennedy comme romancier, mais il a débuté sa carrière d'écrivain, par des récits que Belfond a la bonne idée de rééditer. J'ai  déjà lu "Au pays de Dieu" et je viens d'apprendre la sortie de "Combien ?". 

Mais revenons à l'ouvrage qui nous intéresse aujourd'hui. D'abord le titre, magnifiquement trouvé, tant il est vrai que l'Egypte qui a intéressé l'auteur, à peine âgé de 30 ans, n'a rien à voir avec celle que l'on visite en touriste : de pyramides, de pharaons et de temples, il n'y en a pas. En revanche, que de belles rencontres ! D'Alexandrie à Assouan, en passant par des oasis improbables, des villes de moyennes importance, Douglas Kennedy a suivi un itinéraire aléatoire, guidé par son intérêt pour les questions religieuses, sociales, et politiques.

Il dresse le portrait d'un pays en mouvement, tiraillé par ses injustices sociales, la montée des islamistes et l'écartèlement entre Orient et Occident. 

"Sa (à l'Egypte) version du modèle soviétique lui avait légué une bureaucratie éléphantesque et une économie semi-planifiée qui interdisaient tout développement productif; son interprétation du modèle américain n'avait servi qu'à créer l'ébauche maladroite d'une société de consommation qui accentuait dramatiquement le fossé entre riches et pauvres et, plus encore, favorisait la résurgence de groupes fondamentalistes opposés à tout ce qui venait de l'Occident. "

C'est un récit passionnant, souvent drôle, parfois tragique, qu'il est particulièrement intéressant de lire, alors que les fragiles équilibres qui tenaient ce pays viennent de basculer et que l'Egypte va, pour la première fois peut-être, pouvoir décider de son destin.   

vendredi 11 novembre 2011

Douglas Kennedy : LES CHARMES DISCRETS DE LA VIE CONJUGALE, Belfond, 2005

Depuis "Cul se sac", je profite de toutes les occasions pour suivre cet auteur dont j'apprécie l'esprit, non dénué d'humour et parfois même d'ironie.

Ce roman-ci n'échappe pas à la "patte" Douglas Kennedy. On y retrouve une fresque sociale de l'Amérique contemporaine, mais cette fois-ci, non pas du côté des traders du "Désarroi de Ned Allen", mais de la gauche post guerre du Viet Nam. 

Le roman nous raconte la vie d'Hannah Buchan, entre deux voyages à Paris. Le premier, auquel elle renonce, à l'âge de vingt ans, de peur de perdre son fiancé étudiant en médecine lui promettant une vie rangée et tranquille, le deuxième, la cinquantaine bien entamée, mais après avoir vu s'écrouler toutes ses certitudes. 

La première partie m'a paru souffrir de quelques longueurs. En revanche, dès qu'il s'agit de faire éclater la crise, Douglas Kennedy entraîne son héroïne, et nous avec, dans le tourbillon d'une descente aux enfers, et dans une critique acerbe de l'Amérique des néo-chrétiens de l'ère G. W. Bush. 

"Le vrai problème, c'était l'homme assis en face de moi à ce dîner. Mon mari durant les trente dernières années. L'inconnu avec lequel j'avais décidé de passer ma vie. Et puis, dans mon sac rangé sous ma chaise de restaurant, il y avait le détonateur : une copie de l'article qui allait être mis en ligne sur Internet le lendemain et exiger une sérieuse explication, au grand minimum. Si l'on me laisse la possibilité de la donner, bien entendu. Et puis il y a un autre problème : le deuxième homme installé de l'autre côté de la table ce soir-là, mon psychorigide de fils qui ne considérait le monde qu'en noir et blanc, en bien et en mal. Quel déchirement, de constater que l'enfant que vous avez élevé, auquel vous avez toujours souhaité le meilleur de la vie, ne partage rien de commun avec vous ! Toutes ces années pour en arriver à cette déchirure, alors qu'il n'y avait pas eu une seule crise précise, circonstanciée, un seul point de rupture qui pouvait expliquer un tel fossé entre nous... Et ça me stupéfiait."

Un bon roman, agréable à lire, mais pas le meilleur de cet auteur.

vendredi 19 août 2011

Joyce Carol Oates : LES FEMELLES, Philippe Rey, 2007


Ce livre est une erreur, il n'aurait jamais dû exister. Quel dommage d'avoir réuni ces nouvelles sous un même titre réducteur. Et parlons-en de ce titre, qui en tout cas, en français, donne un ton très péjoratif et carrément inadéquat puisqu'il s'agit d'êtres humains et non pas d'animaux !  En plus, le lien mis en avant par cette édition serait que dans chacune de ces nouvelles on y retrouverait une "tueuse". Voilà qui fait fi des personnages et du contexte dans lequel, elles sont amenées à exercer, en effet, une violence. 

Prises séparément, chacune de ces nouvelles est intéressante, est habilement structurée, est riche en émotions. On y retrouve le portrait d'une certaine Amérique, chère à Joyce Carol Oates.

Il aurait donc fallu les lire séparément, afin d' en apprécier la qualité de l'écriture, et la finesse des portraits. J'ai particulièrement aimé cette jeune épouse qui se rend compte, petit à petit de la nature réelle des sentiments de son shérif de mari. J'ai ri en suivant Mme G. dans son shopping, même si la fin de ne m'a pas convaincue, j'ai été effarée par le côté retors d'une femme infidèle. Les deux nouvelles mettant en scène d'une part une petite fille, d'autre part, une femme maintenue à l'état d'enfant m'ont moins plu. 

Il y a en tout neuf nouvelles, parues entre 2001 et 2004. Je vous les recommande, mais de grâce, une à la fois !

lundi 25 juillet 2011

Stephen King : SAC D'OS, Albin Michel, 1999


Première fois que je lis un roman de Stephen King ! Je me rends compte en consultant sa bibliographie, que j'ai vu nombre de films adaptés de ses romans, dont plusieurs m'avaient beaucoup plu ! Mais, je ne sais pourquoi, peut-être parce que les histoires de revenants ne sont pas ma tasse thé, peut-être aussi parce que j'associais cet auteur à l'adolescence, je n'avais jamais pris la peine d'en ouvrir un. Voilà qui est fait, grâce à ma belle-fille qui en est folle !

Je dois bien avouer que c'est une bonne surprise, et même un très bonne.  Cela commence comme un roman classique écrit à la première personne. Un romancier à succès perd subitement sa femme et se retrouve confronté à "l'angoisse de la page blanche". S'il trompe son monde pendant plus de quatre ans grâce à des manuscrits qu'il avait en réserve, le jour où il envoie à son éditeur le dernier d'entre eux, l'oblige à réagir. Il décide de se retirer dans la maison de campagne où il n'est plus retourné depuis la mort de sa femme, maison qui porte le nom d'une chanteuse de blues, morte assassinée avec son enfant, au début du siècle dernier.
Il fait par hasard (?) la rencontre d'une petite fille et de sa mère et se lie d'amitié avec elles. Il décide d'aider la jeune femme dans son combat contre le grand-père de la petite qui prétend lui enlever la garde de son enfant. Il retrouve goût à l'écriture. 

Stephen King
Mais au fil des jours, il lui semble déceler une, voire plusieurs présences dans la maison. Et c'est là que, mine de rien, le roman bascule dans le roman de suspens, de revenants et d'horreur.  Par une construction magistrale, on découvre, petit à petit, les liens qui l'unissent, non seulement à cette petite fille, mais également à cette ancienne chanteuse de blues.

"Je la promenai comme on est censé le faire avec les bébés qui ont la colique, Elle comprenait trop de choses pour une fillette de quatre ans et ses souffrances étaient par conséquent plus terribles que ce qu'elles auraient dû être pour une fillette de cet âge. (...) Je la promenai. Je fis les cent pas dans la faible lumière de la pièce. L'éclairage produit par un générateur n'est jamais tout à fait régulier; on dirait qu'il respire et soupire Je fis les cent pas tandis que la cloche de Bunter tintait doucement sans jamais s'interrompre, musique venue de cet univers que nous frôlons parfois mais ne voyons jamais vraiment. Les cent pas dans le vacarme de la tempête. Je crois que je lui chantai quelque chose et je sais que je la touchai avec mon esprit, que nous nous enfonçâmes de plus en plus profondément ensemble dans la zone."

Ce "sac d'os", emprunté à Thomas Hardy, qui y voyait une représentation des personnages de ses romans, passe de la métaphore à la réalité dans un mouvement contraire à celui du roman, qui passe de la réalité au fantastique.

C'est le premier roman de cet auteur, mais assurément, ce ne sera pas le dernier que je lirai.

jeudi 10 mars 2011

Henry Miller : PREMIERS REGARDS SUR LA GRECE, Arléa, 1999

En 1939, Henry Miller fuit la France et la guerre et part pour la Grèce, où il rencontre notamment Georges Séféris. Miller lui voue une admiration et une amitié sans borne et lui adresse les notes qu'il a prises tout au long de son périple d'Hydra à Spetsai, d'Héraklion à la Canée, de Corfou à Zante, de Mycènes à Épidaure...
C'est une collection de billets, écrits sur le vif ou repris à tête reposée, sur son émerveillement, non seulement devant les vestiges de l'Antiquité, mais aussi et même surtout, face aux Grecs eux-mêmes, avec leurs générosité, leur drôlerie, leurs ruses et j'en passe. 
"Il (Minos) représentait l'art, la paix, le travail, la joie, le bien-être. La joie ! C'est cette qualité qu'exhale Cnossos, en dépit de ses tristes ruines. Et aujourd'hui encore, sur les visages des Crétois resplendit une lumière que je n'ai vue nulle part ailleurs en Grèce pour le moment. Leur regard est plein, brillant, sans peur ni malice. Ils n'ont pas l'âme mesquine. Ils vous observent par-dessous leur turban noir, comme devaient le faire les païens de l'Antiquité. Les souffrances et les privations endurées au cours des siècles n'ont pas assombri ces yeux clairs et honnêtes." 
On sourit parfois à certaines naïvetés quant à l'avenir de ce pays :

"Dans vingt ans, le pays sera méconnaissable. Il s'adapte à son époque avec un entrain presque japonais. Les habitants des îles s'habituent à tout. Ce sont ceux de plateaux les conservateurs. Où en sera la Grèce à la fin de la guerre ? Déjà, les hommes politiques prévoient l'appauvrissement des pays riches. La Grèce est pauvre. Elle est tout en bas de l'échelle. Je songe à nouveau aux Japonais. Et pourquoi les Grecs ne les imiteraient.ils pas ? Si un jour leur population atteint les vingt ou trente millions, il se passera quelque chose de fantastique. Leur curiosité est sans limites, leur énergie inépuisable. Il pourrait se produire une nouvelle guerre du Péloponnèse, au cours de laquelle la Grèce deviendrait une grande puissance et régnerait sur les Balkans. Quoi qu'il en soit, la situation progresse. Seul un tremblement de terre pourrait mettre fin à cet élan sans faille".
La langue est magique bien sûr, le verbe fort et l'émotion évidente.

"Aujourd'hui, dimanche, j'ai vu un phénomène miraculeux : la lumière qui habite les arbres. Elle perce littéralement le feuillage, créant un voile vert, vaporeux, un halo d'énergie, qui est l'aura même de l'arbre. Son âme est alors dévoilée. Les arbres sont baignés de sacré, de la pureté de leur propre essence. La séparation entre l'âme et le corps devient alors parfaitement distincte. C'est à vous rendre fou. Et plus encore au regard de l'austérité de la terre, du gris rosé, de la forme légèrement tibétaine de versants. Il n'y a plus de feuilles, il ne reste que des buissons verts et ivres, vivifiés par le vent." 

En relisant le "Colosse de Maroussi", j'avais été déçue, par rapport à la première impression que le livre m'avait faite alors que je ne connaissais pas la Grèce. Déçue surtout parce qu'Henry Miller me semblait y être préoccupé plus par son "nombril" que par ce qu'il vivait et découvrait. Avec ces notes - qui ont précédé l'écriture du "Colosse" - j'ai retrouvé le Miller que j'aimais. Et est-ce parce qu'il s'adresse à Séféris ? il fait même preuve de modestie, à sa manière :

"Tout cela est fort peu orthodoxe et peut-être typiquement américain. C'est aussi la preuve de la révérence que j'éprouve envers le véritable esprit grec. Je refuse les dates et les explications des savants. Je préfère inventer ma propre histoire de la Grèce, une histoire qui puisse correspondre aux merveilles incompréhensibles que j'ai vues de mes yeux."

mardi 1 mars 2011

Paul Bowles : L'EDUCATION DE MALIKA, Gallimard, Folio, 2010

Un nouvelle extraite du recueil "Réveillon à Tanger" que les éditions Gallimard ont décidé de publier séparément, car, selon l'excellente préface signée Claude Nathalie Thomas, "Bowles avait toujours souhaité une publication isolée, sans que ce texte soit accolé à l'un de ses nombreux recueils de nouvelles." "Dune certaine manière, dit-il, cette histoire est le contraire de la plupart de mes autres oeuvres de fiction".
En effet, pour une fois, "l'étranger", n'est pas un Européen "perdu" au Maroc, mais une Marocaine, qui parce qu'elle a accepté de monter dans la voiture d'un photographe, pense plus facile de le suivre, plutôt que de rentrer chez elle et d'affronter la colère de sa mère.
Suit un périple qui la mène de Tanger à Los Angeles, en passant par Madrid, Paris, Cortina et Lausanne. Rien de concret dans tout cela; tout semble se dérouler comme dans un conte, où la réalité de la situation n'a pas beaucoup d'emprise sur la soif d'apprendre de Malika, qui se laisse porter par les rencontres, sans pour autant n'en négliger aucune. Elle a l'insouciance de sa jeunesse et de son ignorance du monde.
Ce n'est certainement pas par ce livre qu'il faut commencer à aborder Paul Bowles, au risque de passer à côté de ce regard qu'il a porté sur lui-même d'abord et sur le monde ensuite. Mais, a contrario, Malika pourrait bien être le négatif (au sens photographique) de ce grand voyageur et nous en révéler la naïveté et parfois les craintes, face à des sociétés nouvelles pour lui.
"L'aspect de Los Angeles confirma Malika dans son idée qu'elle avait laissé derrière elle tout ce qui était compréhensible, et qu'elle se trouvait à présent dans un endroit complètement différent, dont elle ne pouvait saisir les règles."
"Cette nuit-là, allongée dans l'obscurité, attentive aux hurlements des sirènes de police, elle fut assaillie à nouveau par la sensation qui s'était emparée d'elle dans l'avion, celle d'être partie trop loin et d'avoir perdu tout possibilité de retour."


vendredi 20 août 2010

Jane Smiley : CHAGRINS, Rivages, 1998

Encore une auteure que je ne connaissais pas, mais ce n'est pas une grande découverte. Peut-être aurai-je dû commencer par "L'Exploitation", roman pour lequel elle a reçu le prix Pullitzer ? 

En l'occurrence, "Chagrins" est un recueil de nouvelles, dont la première, qui a donné son titre au livre, est la plus longue : Un homme sait que sa femme le trompe, mais le cache et boit son chagrin tout seul.... Et alors ???? C'est inintéressant, plat, pauvre.... on n'en a rien à faire ! Le seul truc qui m'a fait sourire, c'est que comme il s'agit d'un "gentil mari", mais surtout d'un "nouveau papa" exemplaire (il pouponne, s'active, est très responsable, etc. etc.) il lui arrive la même chose qu'aux femmes qui, parfois, oubliaient qu'elles étaient épouses et se réfugiaient dans leur rôle de mères, il est cocu ! 

Parmi les cinq nouvelles – très courtes celles-là – je retiendrais, peut-être, "Le plaisir de sa compagnie", qui raconte la désillusion d'une femme lorsqu'elle se rend compte que l'amitié qu'elle croit avoir noué avec un couple de voisins, n'était en fait, pour ces derniers, que le moyen de se supporter l'un l'autre juste avant leur séparation. 

Tout le reste est vide, sans style, sans force.