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vendredi 16 septembre 2016

Arto Paasilinna : LE FILS DU DIEU DE L'ORAGE, Denoël, 1993 (1984)


Quoi de mieux qu'un ciel bien nuageux pour parler de ce roman même si le tonnerre ne se fait pas entendre.

C'est avec son humour bien connu que Paasilinna fait descendre sur terre le fils du dieu de l'Orage, le Zeus du panthéon finnois. En effet, les dieux de l'antiquité se désolent de constater que leur culte n'est quasiment plus pratiqué en Finlande et décident d'y remédier en s'inspirant de la méthode utilisée par le dieu des chrétiens. Le fils du dieu de l'Orage, qui s'appelle Rutja, investit le corps de Sampsa, un simple brocanteur d'Helsinki.

"Le rocher trembla, la forêt et le monde entier se mirent à danser devant les yeux de Sampsa. Soudain, Rutja le saisit dans ses bras, ouvrit toute grande son énorme bouche barbue et commença à de dévorer. Leurs corps s'entre-pénétrèrent, comme deux serpents s'avalant l'un l'autre. Jamais au monde il n'y eut étreinte plus formidable. Rutja mangeait Sampsa, Sampsa mangeait Rutja. Ils se coulaient implacablement dans la peau l'un de l'autre, soufflant, gémissant, les membres agités de soubresauts violents".

Muni de sa nouvelle enveloppe charnelle, Rutja découvre la condition humaine, ses plaisirs et ses peines, et se lance dans la reconquête du peuple finnois. Il s'inspire largement de la Bible, et comprend très vite le rôle persuasif des miracles. 

Paasilinna s'amuse de la situation, et nous fait passer un moment agréable. Même si certaines péripéties sont des plus cocasses, elles n'atteignent pas encore le burlesque des "Mille et une gaffes de l'ange gardien Ariel Auvinen". 

Comme quoi, il est possible de parler de religion sans se prendre la tête !

vendredi 2 octobre 2015

Arto Paasilinna : LES MILLE ET UNE GAFFES DE L'ANGE GARDIEN ARIEL AUVINEN, Denoël, 2014


On sait qu'il n'est pas facile de gagner son paradis, mais il semble bien, à lire Arto Paasilinna, qu'il est encore plus compliqué d'y rester et surtout d'y travailler en tant qu'ange gardien. Et ce qui est terrible, c'est que même si on a eu une vie exemplaire, il n'est pas sûr que l'on soit automatiquement qualifié pour ce job !

En tout cas, c'est ce que nous démontre, avec forces péripéties et loufoqueries cet auteur qui a décidément de l'imagination et de l'humour à revendre.

"Oskari était suffisamment remis pour pouvoir aller avec elle ramasser les livres dans les champs de Lettopohja. Il leur fallut cependant d'abord attendre la police. Celle-ci arriva une demi-heure plus tard en la personne d'un agent qui interrogea les deux hommes sur les circonstances de l'accident. Aaro expliqua que l'accélérateur du fourgon s'était bloqué à fond, l'obligeant à dépasser la vitesse autorisée. Il n'aurait pas roulé à deux cents à l'heure, sinon, et surtout pas à l'approche d'un passage à niveau.
"Si on avait ralenti, le train nous aurait écrasés", tenta de plaider Oskari Mättö.
Le policier nota : le conducteur admet avoir roulé à 200 km/h dans un corbillard, le coupable est une pédale."

On l'a compris, plus l'ange gardien Ariel Auvinen tente d'aider son protégé, plus il l'entraîne dans des situations invraisemblables et dangereuses, au point que même satan, se dit qu'il ferait une bonne recrue parmi ses anges déchus.

Mais comme toute personne atteignant son niveau d'incompétence, Ariel sera promu responsable des anges gardiens de toute la Finlande... !

Je me suis beaucoup amusée à lire ce court roman et décide d'inscrire Arto Paasilinna dans la liste de mes prochaines lectures.

samedi 4 janvier 2014

Arto Paasilinna : LA DOUCE EMPOISONNEUSE, DeNoël, 2001


Une vieille dame s'en va en enfer !

De son vivant d'abord, car malgré des apparences paisibles, sa vie est un cauchemar à chaque versement de sa pension de veuve de colonel. Elle est tyrannisée par son neveu et deux de ses compagnons qui ne manquent jamais de venir exiger leur part. Jusqu'au jour où sentant sa vie elle-même en danger, elle préfère se concocter un poison à s'administrer avant de subir de nouvelles humiliations.

Mais la vie en décide autrement et lorsqu'elle trépasse finalement, ce sera pour rejoindre à son tour l'enfer, le vrai, l'éternel. Elle n'en restera pas moins une Dame !

C'est avec ce petit roman que je découvre Arto Paasilinna. J'apprends qu'il a écrit plus de 35 romans, même si l'écriture ne fut pas son premier métier. Mais à lire celui-ci, cela ne m'étonne qu'à moitié, tant la narration semble aller de soi. Le style est souple et porte agréablement le lecteur d'un chapitre à l'autre, d'une péripétie à la suivante.
J'ai eu du plaisir à le lire.

mardi 30 juillet 2013

Sofi Oksanen : PURGE, Stock, 2010


S'il y a un pays dont je ne connaissais rien de l'Histoire, si ce n'est son indépendance suite à l'effondrement de l'URSS, c'est bien l'Estonie. 

Mais ne vous y trompez pas, ce livre n'est pas un livre d'Histoire, mais bien un réquisitoire contre le totalitarisme soviétique. Mais pas seulement, c'est aussi le portrait de deux femmes qui luttent, malgré les apparences, contre la violence qui leur est faite.

Quand la vieille Aliide trouve Zara recroquevillée dans son jardin, elle est loin de se douter de tout ce que cette rencontre va faire remonter en sa mémoire. Elle n'a jamais eu le beau rôle, elle a même accepté d'être l'instrument du destin de sa soeur, de son beau-frère et de bien d'autres, pour survivre sous une occupation sans pitié. 

"Les mains d'Aliide furent attachées dans son dos et un sac fut mis sur sa tête. Les gars se retirèrent. A travers le jute, elle ne voyait rien. Quelque part, de l'eau gouttait par terre. L'odeur de la cave passait à travers. La porte s'ouvrit. Des bottes. Le chemisier d'Aliide fut déchiré, les boutons projetés sur les dalles, sur les murs, les boutons de verre allemands, et puis... elle se transforma en souris dans un coin de la pièce, en mouche dans la lampe, elle s'envola en clou dans le carton mural, en punaise rouillée, elle était une punaise rouillée dans le mur. elle était une mouche et elle allait avec une poitrine de femme dénudée, la femme était au milieu de la pièce avec un sac sur la tête, et elle surmontait la récente contusion, le sang s'était accumulé sous la peau de sa poitrine, les bleus étaient traversés par une fissure qui laissait passer une mouche, les hématomes des mamelons gonflés comme des continents. Quand la peau nue de la femme toucha les dalles, la femme ne bougeait plus."

Cette "scène" d'interrogatoire hante encore, des années après la vieille Aliide. Et c'est pour ne pas revivre ce cauchemar, qu'elle décide de franchir le pas et de jouer le jeu du pouvoir. Mais la lecture des rapports de la police politique figurant en fin de roman nous montre à quel point ce répit fut illusoire.

Ce livre est passionnant, ce d'autant plus que le récit n'est pas linéaire, et que les chapitres nous font passer de la période actuelle, à des épisodes du passé, un peu comme des flashbacks, et que les rapports entre les différents personnages se dévoilent petit à petit.

Le style, le rythme des phrases, expriment à merveille la peur sourde qui hante ces deux femmes. 

Pas étonnant que ce romans ait reçu plusieurs prix et que Sofi Oksanen soit considérée comme l'un des écrivains les plus importants de sa génération dans sa Finlande natale.