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lundi 22 août 2016

Darina Al-Joundi, Mohamed Kacimi : LE JOUR OU NINA SIMONE A CESSE DE CHANTER, Actes Sud, 2008


Un récit qui m'a procuré un certain malaise, tant que je l'ai pris pour un "roman", malaise qui s'est largement dissipé lorsque j'ai visionné la vidéo que je poste ci-dessous.

Si certains silences et une certaine légèreté de ton - je pense notamment à la découverte des corps suite au massacre de Sabra et Chatila - passent lorsque Darina Al-Joundi raconte sur scène, en revanche, ce monologue qui ne dit pas son nom sous sa forme écrite est assez irritant.

Dans un pays où l'appartenance religieuse fait partie de l'identité de tout un chacun, une jeune Libanaise est élevée par son père avec pour seul point de repère la liberté. Une enfance dorée qui s'arrête brusquement à l'arrivée de la guerre civile. La jeune adolescente est rattrapée par le conflit, mais n'aura de cesse de s'en "extraire" (ou de s'en sortir) en faisant siens tous les débordements inhérents à la situation.

Mon malaise vient peut-être aussi du fait qu'il y a une grande distance entre les horreurs vécues et le récit qui en est fait. Est-ce dû au fait que Darina Al-Joundi raconte et que Mohamed Kacimi transcrit, je ne saurais le dire. 

Le côté "même pas peur" ou plutôt "j'ai un tel sens de la liberté que je suis au-dessus de tout cela" me heurte. Mais s'agissant d'un récit autobiographique, je me garderai bien de juger le contenu.


jeudi 29 novembre 2012

Maalouf Amin : LES DESORIENTES, Grasset, 2012


Un titre à prendre au pied de la lettre. En effet, ce roman nous raconte ce que signifie le fait de ne plus être dans cet Orient qu'on dit Proche.

Adam, Professeur d'Histoire, Libanais installé à Paris depuis les débuts de la guerre, n'est jamais retourné dans son pays, jusqu'au jour, où l'un de ses anciens amis l'appelle sur son lit de mort. La veuve souhaite réunir les membres de leur petite confrérie et le charge de les contacter.

Commence alors un voyage intérieur sous forme de notes prises au fil des recherches, des contacts et finalement des retrouvailles. C'est ainsi qu'on découvre les itinéraires variés et divers qu'ont suivis les sept ou huit amis, dont la plupart ont quitté le pays. 

Alors que dans "Origines" Maalouf nous contait l'histoire de sa famille sans vraiment s'impliquer lui-même, dans ce roman-ci, ils nous dévoile un peu plus de lui-même, puisque selon ses dires il s'est "librement inspiré de sa propre jeunesse". 

Il évoque le Liban et la complexité de sa société, les espérances, et les souffrances de la guerre ou de l'exil.

"Pourquoi la foi occupe-t-elle une telle place dans cette région du monde ?"
Les amis se consultèrent du regard, et ce fut Naïm qui s'exprima en premier.
"C'est ce qui se dit en Occident, mais n'en crois pas un mot ! Ce n'et qu'un mythe. La vérité, c'est exactement l'inverse..."
"Ah bon ?"
"C'est l'Occident qui est croyant, jusque de dans sa laïcité, et c'est l'Occident qui est religieux, jusque dans l'athéisme. Ici, au Levant, on ne se préoccupe pas des croyances, mais des appartenances. Nos confessions sont des tribus, notre zèle religieux est une forme de nationalisme..."

On s'attache à chacun des personnages, l'humour et la légèreté ne sont pas en reste, même si les uns et les autres ont connu des moments tragiques dans leur destinée. 

Le roman est divisé en seize journées, racontée à la fois à la première et à la troisième personne, cette dernière faisant le lien narratif entre les notes journalières prises par le protagoniste.

Un beau et vrai roman, qui ne fait que confirmer le plaisir que j'ai toujours eu à lire cet auteur.

mardi 8 mars 2011

Amin Maalouf : L'AMOUR DE LOIN, Grasset, 2001

Pour sa deuxième collaboration avec la compositrice Kaija Saariajo, Amin Maalouf a écrit un livret d'opéra basé sur l'histoire au temps des croisades, de Jaufré Rudel, troubadour et prince de Blaye.
C'est un opéra en cinq actes, et trois personnages : Jaufré, Prince de Blaye et troubadour (baryton), Clémence, comtesse de Tripoli (soprano) et Le Pèlerin (mezzo-soprano).

Jaufré s'ennuie et chante l'amour courtois sans but précis, au point que ses camarades le raillent et se moquent de lui. Mais le Pèlerin, lui apprend, qu'il y a forcément au monde, une femme digne de son amour. Jaufré n'aura désormais de cesse de chanter cette dame et l'amour "de loin" qu'il lui porte.

Arrivé à Tripoli, Le Pèlerin aperçoit LA femme qui ne peut être que la destinataire de ces poèmes : Clémence et s'empresse de lui révéler l'existence de cet amoureux fou

Clémence : Et il parle de moi dans ses chansons ?
Le Pèlerin : Il ne chante plus aucune autre dame.
Clémence : Et il... il mentionne mon nom, dans ses chansons ?
Le Pèlerin : Non, mais ceux qui l'écoutent savent qu'il parle de vous.
(...)
Clémence : Et que dit ce troubadour ?
Le Pèlerin : Ce que disent tous les poètes, que vous êtes belle et qu'il vous aime.
Clémence : Mais de quel droit, Seigneur, de quel droit ?
Le Pèlerin : Rien ne vous oblige à l'aimer, comtesse. Mais vous ne pouvez empêcher qu'il vous aime de loin.

Même "de loin", cet amour va porter et Clémence va, elle aussi, se mettre à ne plus penser qu'à cet inconnu.

La rencontre aura lieu au cinquième acte, mais Jaufré, tombé malade durant le voyage pour Tripoli, meurt dans les bras de sa bien-aimée, qui, de dépit entre au couvent.

Jusqu'au bout, cet amour restera sublimé :

Clémence :    Il est possible que Notre Seigneur ne veuille pas encore vous arracher à ceux qui vous entourent
Jaufré :         N'abusons pas des bontés du Ciel !
                     Je lui ai demandé la grâce de vous voir une fois avant de mourir, et vous voilà devant moi.
                     La dernière image que je garderai de ce monde est celle de votre visage et de vos yeux qui m'embrassent.
                     La dernière voix que j'aurai entendue, c'est la vôtre, qui cherche à m'apaiser.
                     La dernière sensation de mon corps de mortel, c'est ma main épuisée qui s'endort dans le creux de la vôtre.
                     Que demander de plus au Ciel ? Même si je vivais encore cent ans, comment pourrais-je connaître une joie plus entière ?

Cet opéra a été créé à Salzbourg, en août 2000 dans une mise en scène de Peter Sellars. Mais il a également été joué à Londres en 2009,  représentation dont voici une photo 


Le texte est léger, harmonieux, sans grandiloquence et se lit d'un jet. J'y ai pris du plaisir.