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dimanche 16 août 2015

Rachel Joyce : LA LETTRE DE QUEENIE, Tout ce qu'elle n'a pas pu dire à Harold Fry, XO Editions, 2014


Quelle bonne idée a eue Rachel Joyce d'écrire l'autre versant de l'histoire d'Harold Fry, dont je vous avais parlé ICI.

On se rappelle qu'Harold Fry avait décidé de traverser à pied l'Angleterre pour apporter une lettre à son ancienne collègue et amie Queenie, qui était en fin de vie dans un centre de soins palliatifs.

Dans ce roman-ci, on reste avec Queenie, qui malgré la fatigue et la douleur, écrit une ultime lettre à son ami, lettre dans laquelle elle lui avoue "tout ce qu'elle n'a pas pu lui dire" au temps où ils se côtoyaient. 

"Je t'ai cherché, Harold, au cours de ces années où j'ai vécu sans toi. Pas un jour ne s'est écoulé sans que je pense à toi. Il y eut un temps où j'espérais que cela s'arrête et où je m'efforçais d'oublier, mais cela me demandait tant d'énergie que c'était plus facile d'accepter le fait que tu étais une partie de moi et de continuer à vivre."

J'ai retrouvé la souplesse d'écriture de Rachel Joyce, sa capacité à raconter des choses, sommes toutes bien tristes, sans jamais tomber dans le pathos, la délicatesse avec laquelle elle nous fait entrer dans l'intimité cachée de ses personnages, tout en respectant leur pudeur.

Elle réussit à réunir ces deux êtres, au-delà des vicissitudes de la vie, et c'est un portrait de femme ordinaire et pourtant si attachante qu'elle nous donne à découvrir.

Si vous avez aimé son premier roman, il ne faut pas manquer celui-ci.

lundi 24 mars 2014

Rachel Joyce : DEUX SECONDES DE TROP, XO éditions, 2014


Livre qui m'aurait échapé si je ne l'avais reçu du service de presse des éditions XO et cela aurait été dommage.

L'intrigue se passe en 1972, au moment où un garçon de 11 ans apprend qu'il a été décidé d'ajouter deux secondes au temps de manière à faire coïncider l'heure officielle avec la rotation de la Terre. 

Et cette recherche de perfection est bien le fil conducteur de l'ensemble du roman. Perfection de l'élève, perfection du fils, perfection de l'ami, et ce qui m'a le plus intéressée, perfection de la mère dans le rôle d'épouse. Mais voilà que ces deux secondes de trop vont bouleverser l'équilibre, finalement bien fragile, de cette vie si bien réglée. Et dans une société aux règles trop rigides, les échecs ne peuvent qu'engendrer une culpabilité qui ne dit pas son nom, qui n'est pas comprise et qui ne se soigne pas. 

"Plus jamais Byron ne revit la tunique. Peut-être se retrouva-t-elle dans le feu, comme la robe et le cardigan vert menthe et les chaussures assorties. Il ne posa pas la question. Il rangea sa lampe torche, sa loupe, ses cartes de thé Brooke Bond, son encyclopédie pour enfants. Il avait désormais l'impression que ça appartenait à quelqu'un d'autre - et il n'était pas le seul qui semblait changé. Après ce week-end, sa mère fut plus réservée. Elle installa bien les chaises longues sur la terasse pour Berverly, mais elle sourit moins et elle ne brancha pas le tourne-disque. Elle n'offrit pas non plus à boire."

Si le roman se termine sur une note d'espoir, et si la force de l'amour et de l'amitié viennent appaiser un temps soit peu le mal de vivre que ces deux secondes ont engendrées, il ne s'agit en rien d'une fin mièvre et mielleuse, mais d'une belle revanche sur une - voire plusieurs - vies détruites pour rien.

C'est un livre attachant, qui aurait pu être un peu plus ramassé, mais qui sait se libérer de la linéarité du récit, sans toutefois tomber dans une construction artificielle. 

Rachel Joyce confirme avec ce deuxième roman, sa capacité à nous émouvoir et nous intéresser.

mardi 30 octobre 2012

Rachel Joyce : LA LETTRE QUI ALLAIT CHANGER LE DESTIN D'HAROLD FRY ARRIVA LE MARDI..., XO Ed. 2012


J'ai reçu ce livre, dans le cadre de l'opération "Masse critique" organisé par Babelio.comaprès bien des détours, puisque je l'ai fait livré en Suisse, chez mon fils, et que ce dernier me l'a fait suivre par la poste ! Une première pour moi, mais surtout une première pour l'auteure. 

En effet, "La lettre..." est le premier roman de Rachel Joyce, mais  comme elle a travaillé pendant plus de vingt ans comme scénariste pour la radio, la télévision et le théâtre, on sent qu'elle maîtrise bien l'écriture.

Une lecture qui fut un pur plaisir ! La trame de l'histoire d'abord : Harold Fry, jeune retraité, reçoit un message désespéré d'une ancienne collègue à l'article de la mort et il décide de lui répondre. Mais comment répondre à une personne envers laquelle on se sent coupable ? Harold jette quelques mots sur une feuille et sort de chez lui pour la poster, mais il ne peut se décider à lâcher l'enveloppe dans la première boîte à lettre, encore moins dans la seconde, et le voilà qui se met à marcher. La rencontre d'une jeune fille le conforte dans son idée que s'il traverse l'Angleterre pour rendre visite à son amie, celle-ci restera en vie. Et le "pèlerinage" de Harold commence. 

On l'accompagne durant les 87 jours qu'il lui faudra pour parcourir les quelques 800 km qui séparent Kingsbridge de Berwick. On le plaint lorsque ses pieds et ses jambes refusent de continuer à le porter, on le découvre au fil de ses réflexions sur son passé, ses relations avec sa femme et son fils, son amitié pour cette collègue, on envie la simplicité avec laquelle il accepte l'aide qui lui est offerte et on l'admire quand il parvient à se remettre en question et à dépasser  ses inhibitions. On l'aura compris, ce périple est aussi un voyage intérieur.

Je ne révèlerai bien sûr pas la fin, ni même les différentes étapes, tant Rachel Joyce, sait entretenir un suspens latent. Le rythme de l'histoire correspond parfaitement à celui de la marche. Aucune précipitation dans le récit, mais une avancée régulière et je dirais presque têtue. Les chapitres étant très courts, on passe de l'un à l'autre, sans fébrilité, mais avec un intérêt grandissant pour le(s) personnage(s). (Le portrait de la femme de Harold est particulièrement attachant).

"Pour réussir, il devait s'en tenir au sentiment qui l'avait inspiré au tout début. Aucune importance si les autres auraient agi différemment; c'était même inévitable. Il ne sortirait pas des routes, car, en dépit des quelques voitures qui roulaient trop vite, il s'y sentit en sécurité. aucune importance non plus s'il n'avait pas préparé son itinéraire ou emporté une carte routière. Il disposait d'une carte différente, celle qu'il avait dans la tête, faite de tous les gens rencontrés et de tous les lieux traversés."

Le style est agréable, les personnages sont crédibles et  terriblement humains, les grandes idées jamais pompeuses, l'émotion véritable. Bref, un vrai roman !